En bref
- Mise en œuvre prévue au 1ᵉʳ septembre 2026, pilotée par l'Office anti-cybercriminalité.
- Rien à installer : il agit chez votre fournisseur d'accès, et protège donc tout le monde.
- Un clic sur un lien signalé mène à une page d'avertissement au lieu du site frauduleux.
- ⛔ Il ne remplace pas un antivirus : il lit des adresses, jamais des fichiers.
- Sa limite structurelle : il repose sur une liste, donc sur des sites déjà signalés.
C'est un serpent de mer qui touche enfin terre. Annoncé, repoussé, réécrit, le filtre national anti-arnaques a fait l'objet d'un décret notifié à la Commission européenne, avec une mise en œuvre prévue au 1ᵉʳ septembre 2026. Il sera piloté par l'Office anti-cybercriminalité.
L'idée est simple : quand un internaute clique sur un lien menant à un site identifié comme frauduleux, il n'atterrit pas dessus. Il est redirigé vers une page d'avertissement.
La question que tout le monde va poser mérite une réponse franche, y compris venant d'un marchand qui vend des antivirus : non, ce filtre ne remplace pas une protection sur votre ordinateur. Voici précisément pourquoi, et ce qu'il apporte réellement — car il apporte quelque chose.
La couche que le filtre ne remplace pas : l'analyse de ce qui entre dans la machine, pièces jointes et fichiers compris.
Comment il fonctionne
La technique retenue est le filtrage au niveau de la résolution des adresses. Chaque fois que vous ouvrez un site, votre connexion demande d'abord à un annuaire où se trouve ce nom de domaine. Le filtre s'insère à cet endroit : si le nom figure sur la liste, l'annuaire ne renvoie pas vers le site mais vers une page d'avertissement.
Cette approche a une conséquence heureuse : vous n'avez rien à faire. Aucune installation, aucun réglage, aucun abonnement. Elle protège aussi — et surtout — les personnes qui n'auraient jamais installé le moindre logiciel de sécurité. C'est là son vrai mérite : elle couvre ceux qui ne se protègent pas.
Le périmètre initial vise trois familles de sites : les faux placements financiers, les imitations de plateformes de vente en ligne, et les sites qui usurpent l'identité de services publics. Ce sont, de loin, celles qui font le plus de victimes en France.

Ce qu'il bloque, ce qu'il ne bloque pas
C'est le cœur du sujet, et un tableau vaut mieux qu'un paragraphe.
| La menace | Le filtre agit-il ? | Pourquoi |
|---|---|---|
| Faux site bancaire déjà signalé | Oui | C'est exactement ce pour quoi il est conçu |
| Faux site de placement financier | Oui | Famille visée en priorité par le périmètre initial |
| Site frauduleux créé il y a deux jours | Non | Il n'est pas encore sur la liste — c'est la faille du dispositif |
| Pièce jointe piégée dans un courriel | Non | Le filtre lit des adresses, pas des fichiers |
| Programme malveillant déjà installé | Non | Il agit avant la connexion, pas sur la machine |
| Fichier arrivé par clé USB | Non | Aucune connexion en jeu, donc aucune prise |
| Rançongiciel qui chiffre vos documents | Non | Seule une sauvegarde vous rendra vos fichiers |
| Appel téléphonique frauduleux | Non | Hors de son champ, comme pour toute solution logicielle |
La lecture de ce tableau tient en une phrase : le filtre couvre la porte d'entrée « site web », et seulement elle. C'est une porte importante, empruntée par une grande partie des escroqueries. Ce n'est pas la seule.
Sa limite structurelle : il arrive après
Un filtre par liste ne peut bloquer que ce qui a déjà été identifié. Or les escrocs le savent : ils créent des adresses par milliers, les utilisent quelques jours, puis les abandonnent avant même d'être signalés.
Le dispositif sera donc très efficace contre les campagnes qui durent, et beaucoup moins contre celles qui vivent le temps d'un week-end. Ce n'est pas un défaut de conception, c'est la nature même de ce type de protection — les listes de blocage des navigateurs ont exactement la même limite.
Conséquence pratique : le filtre réduit le nombre de tentatives qui arrivent jusqu'à vous, il ne le ramène pas à zéro. Votre vigilance reste la dernière ligne, et elle le restera.
Le débat sur les libertés, en deux mots
Le dispositif est critiqué, et il est honnête de le dire. La loi permet d'inscrire un site sur la liste à la demande des services de police, sans décision préalable d'un juge. Des associations de défense des libertés numériques y voient le risque d'un blocage administratif dont le périmètre pourrait s'élargir avec le temps.
Le débat porte sur la procédure, pas sur l'utilité de protéger les gens des faux sites bancaires. Il vaut la peine d'être connu, ne serait-ce que pour comprendre pourquoi ce projet a mis si longtemps à aboutir.

Alors, faut-il encore un antivirus ?
Oui, et pas parce que nous en vendons — parce que les deux outils ne traitent pas le même problème. Le filtre empêche d'arriver sur un site. Une protection installée sur le poste examine ce qui entre dans la machine.
Un exemple rend la différence évidente. Vous recevez un courriel contenant une facture en pièce jointe. Vous ne cliquez sur aucun lien : vous ouvrez simplement le fichier. Le filtre n'a rien vu passer — aucune adresse n'a été demandée. C'est la protection sur le poste, et elle seule, qui peut arrêter ce fichier.
Inversement, sur un site frauduleux signalé, le filtre agit avant même que votre navigateur ne charge quoi que ce soit. Les deux se complètent, ils ne se concurrencent pas.
Ce qu'il faut faire d'ici au 1ᵉʳ septembre
Rien de particulier, et c'est une bonne nouvelle. Le filtre s'activera sans intervention de votre part.
Profitez plutôt de l'échéance pour vérifier trois points qui, eux, dépendent de vous :
Votre protection est-elle encore valide ? Une licence expirée cesse de recevoir les mises à jour, et une protection qui ne se met plus à jour devient un décor. C'est la panne la plus fréquente, et la plus silencieuse.
Votre système reçoit-il ses correctifs ? La mise à jour mensuelle de Windows corrige des failles réellement exploitées. Un poste qui ne se met plus à jour reste vulnérable quoi que fasse le filtre.
Avez-vous une sauvegarde récente ? Contre un rançongiciel, ni le filtre ni l'antivirus ne vous rendront vos documents. Une copie sur un disque débranché, si.
Système à jour, bureautique et protection dans une même commande : les trois points ci-dessus réglés en une fois.
Ce qu'il faut retenir
Le filtre national est une bonne nouvelle, en particulier pour ceux qui ne se protègent pas du tout : il agit sans qu'ils aient rien à faire, et il visera d'abord les arnaques qui ruinent des familles entières.
Mais il ferme une porte, pas la maison. Les fichiers, les pièces jointes, les clés USB, les appels téléphoniques et les sites créés hier restent exactement là où ils étaient. Considérez-le comme une couche de plus, jamais comme une dispense.
Questions fréquentes
Quand le filtre anti-arnaques entre-t-il en service ?
Le décret prévoit une mise en œuvre au 1er septembre 2026. Le déploiement sera progressif : il repose sur les fournisseurs d'accès et sur une liste de sites qui se construira au fil des signalements, pas sur un basculement instantané.
Faut-il l'installer ou s'y inscrire ?
Non, et c'est son principal atout. Il agit au niveau de la résolution des adresses, chez votre fournisseur d'accès. Vous n'avez rien à télécharger, rien à régler, et il protège aussi les personnes qui n'auraient jamais installé quoi que ce soit.
Que se passe-t-il si je clique sur un lien frauduleux ?
Au lieu d'arriver sur le site, vous êtes redirigé vers une page d'avertissement vous indiquant que la destination est signalée. Vous voyez donc l'alerte au moment précis où vous alliez vous faire piéger.
Quels sites seront concernés en premier ?
Le périmètre initial vise les faux sites d'investissement financier, les imitations de plateformes de vente en ligne et les sites usurpant l'identité de services publics. Ce sont les trois familles qui font le plus de victimes.
Le filtre remplace-t-il un antivirus ?
Non. Il agit sur des adresses de sites, pas sur des fichiers. Il ne lit pas une pièce jointe, ne détecte pas un programme malveillant déjà installé, et ne voit rien d'un fichier arrivé par clé USB. Les deux protections traitent des problèmes différents.
Un site frauduleux tout neuf sera-t-il bloqué ?
Pas tout de suite. Le filtre s'appuie sur une liste, donc sur des signalements. Or les escrocs créent des adresses par milliers et les abandonnent en quelques jours. Le délai entre la mise en ligne d'un site et son inscription reste la faille structurelle du dispositif.
Le filtre fonctionne-t-il sur téléphone ?
Sur la connexion mobile et sur le Wi-Fi de la maison, oui, puisqu'il agit chez le fournisseur d'accès. En revanche, un lien ouvert dans certaines applications, ou une connexion utilisant un autre service de résolution d'adresses, peut passer à côté.
Pourquoi ce dispositif est-il critiqué ?
Parce que la loi permet d'inscrire un site sur la liste à la demande des services de police, sans décision préalable d'un juge. Des associations de défense des libertés y voient un risque de blocage administratif. Le débat porte sur la procédure, pas sur l'utilité de la protection.
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